mardi 6 avril 2010

Mythologie : la mort

Phénomène aux répercussions multiples, tant sociales qu'individuelles, la mort est une réalité incontournable de la vie humaine. On en dit même qu'elle est la seule justice sur terre. Il ne viendrait à l'idée de personne d'en remettre en cause la réalité, ce qui n'est pas non plus ici notre prérogative. Comme phénomène symbolique, pourtant, ses représentations ont bien évoluées avec les siècles, pour être, avec notre post-modernité, quasiment évacuées du champ symbolique.

Dans l'Antiquité et dans les époques qui suivirent, la mort était vécue comme une réalité intime. Ainsi, les Romains avaient-ils l'habitude de visiter les catacombes afin de rendre hommage à leurs morts. Les Chinois, eux, vouaient un culte aux ancêtres, qu'ils percevaient comme ayant un rôle à jouer dans le monde des vivants et pouvant communiquer avec eux de diverses façons. Le confucianisme a d'ailleurs renforcé ces pratiques puisqu'il prêchait la piété familiale.

Durant les XIV et XVe siècles en Europe, avec la peste noire et la Guerre de cent ans, la relation avec la mort est devenue encore plus intime puisque ces deux fléaux ont décimé la population. S'est alors développé le thème de la danse macabre dans l'iconographie populaire. Il s'agissait de représenter des vivants de toutes les classes sociales, tant nobles, que bourgeois, qu'artisans, que paysans, que gens d'Église, tenant la main de squelettes dans une ronde. Sorte de memento mori (rappel de la mort), ces dessins, bas-reliefs et estampes donnaient à penser que la mort était partout et prenait avec elle le plus riche comme le plus pauvre, sans distinction.

Le lien qu'entretient une société avec la mort montre bien celui qu'elle entretien avec son passé et sa capacité à se renouveler. Il est donc intéressant de remarquer que notre société nie autant la mort. Les personnes âgées sont le plus souvent entassées dans des foyers à l'abri des regards et la mort est évacuée de nos représentations collectives. Elle est également euphémisée en diverses expressions comme : prendre son dernier souffle, partir pour un long voyage, être six pieds sous terre, voire casser sa pipe...

Actuellement, la mort est ainsi atténuée le plus possible en présentant, lors des obsèques, uniquement les cendres, la photo ou la pierre tombale. Quand le corps est exposé, il l'est rarement plus que quelques heures et le cadavre doit être habillé, maquillé et arrangé de telle sorte qu'il paraisse dormir. Rien à voir avec la traditionnelle veillée au corps que l'on pratiquait autrefois.

Mettons cela en lien avec le fait que l'on vit actuellement dans le culte de l'éternelle jeunesse. Le fantasme dès lors véhiculé est celui d'une adolescence qui ne finirait jamais, sorte de party qui perpétuel où rien n'aurait de conséquence. Chirurgie plastique, crèmes rajeunissantes et cures diverses et souvent farfelues viennent rassurer les gens et leur dire que leur jeunesse pourrait se prolonger pour les siècles des siècles. On se rassure également en se disant que la trentaine est la nouvelle vingtaine et que la quarantaine est la nouvelle trentaine.

Les comportements suivent. Ainsi, on considère maintenant la jeunesse comme allant jusqu'à 35 ans. De plus en plus de ces soit-disant jeunes demeurent d'ailleurs chez leurs parents jusqu'à ce moment. Les gens, même plus vieux, tentent d'imiter les ados dans leur mode de vie ou, alors, de demeurer ados le plus longtemps possible. On le voit d'ailleurs très bien dans une série comme Les invincibles.

La modernité a apporté avec elle le culte d'une nouveauté qui se renouvelle toujours, portant la tradition au même rang que la désuétude. La vieillesse et son corollaire la mort sont donc relégués hors de notre vue afin de nous en distraire.

Étrangement, un retour du refoulé prend une certaine place dans la culture populaire puisque les films de zombies et de vampires n'ont jamais été aussi populaires. Les films de zombies, en particuliers, s'avèrent intéressants pour notre analyse, puisque les morts y prennent toute la place malgré que les vivants tentent de les fuir.

Est-ce que cela constituerait un signe de la volonté de remettre à l'avant-plan cette réalité sociale aujourd'hui pratiquement tue qu'est la mort? L'avenir nous le montrera sans aucun doute.

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