dimanche 28 mars 2010

Hygiène de l'assassin


J'admets d'entrée de jeu ma faille, j'ai encore très peu lu des œuvres d'Amélie Nothomb. Jusqu'à maintenant, je n'avais lu que Stupeur et tremblements, roman que j'avais dévoré, mais je n'avais encore rien lu d'autre qui ait été publié par elle. L'accueil critique de ses romans semble invariablement divisé en deux parties adverses : ceux qui adorent et ceux qui détestent. Quant à moi, en autant que je puisse faire la critique de ses livres avec seulement deux de lus, je dois avouer que j'adore.

Le roman Hygiène de l'assassin met en scène un personnage grotesque, un écrivain misanthrope, d'un grosseur gargantuesque, improbable gagnant du prix Nobel de littérature. Cet écrivain octagénaire va mourir dans moins de deux mois d'un très rare cancer, celui des cartilages. Il reçoit, avant de mourir, des journalistes qui l'interviewent et se plaît à les démonter un par un dans des joutes d'attaques verbales qu'il remporte haut la main. Ce roman est donc en très grande partie composé de dialogues.

La partie se corse quand le dernier journaliste, une femme, arrive. D'entrée de jeu, elle prend le contrôle de l'interview et ne se laisse pas démonter par les attaques de l'écrivain et fait preuve d'un sang froid hors pair et d'une retenue dont ses collègues n'ont pas été capables jusque-là. C'est avec elle que les révélations sur l'écrivain en question sortent, dont le passé trouble de l'homme, celui qui est le nœud gordien de toute son œuvre, de toute sa vie par la suite. Œuvre cruelle et cynique que ce roman d'Amélie Nothomb, qui nous fait apprécier les travers d'un homme dépeint d'entrée de jeu comme détestable et qu'elle ne rend pourtant jamais sympathique.

Le jeu de prise de contrôle verbal des deux personnages est particulièrement efficace et pourrait faire l'objet à lui seul d'une très bonne pièce de théâtre. Très loin de Stupeur et tremblement, Nothomb y renouvelle son style et y manie habilement la cruauté, rendant intime les travers humains jusqu'à l'apothéose finale du roman.

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