vendredi 17 juillet 2009

Mythologie : Le bonheur en pilules

Sur les étals des dépanneurs sévissent actuellement de nouveaux produits, quelque peu incongrus, qui sont offerts par des stations de radio pan-québécoises dont on taira le nom et qui promettent le calme aux gens stressés et la vigueur aux gens frigides. Il s’agit de produits sous forme de pilules, nouvelle manière de faire la promotion d’une chaîne, mais surtout symptôme d’un monde qui s’imagine pouvoir tout régler par des cachets multicolores.

Bien qu’il n’ait pas fait un tabac comme Les voleurs d’enfance, le film Québec sous ordonnance de Paul Arcand avait quand même le mérite d’attirer l’attention sur la surmédication qui sévit actuellement. Effectivement, chaque problème a sa pilule et on ne se gêne pas pour inventer de nouveaux maux de surcroît. Ainsi, si l’impotence était autrefois un problème commun, mais qui ne méritait pas le titre de maladie, désormais on parle de dysfonction érectile (appréciez bien l’euphémisme). Et on a même inventé le remède au mal qu’on a conçu sous la forme d’une petite pilule bleue, cas patent d’un médicament qui, malgré qu’il soit loin d’être indispensable et qu’il coûte les yeux de la tête, nous est vendu comme un impératif à une vie saine, réglant ladite dysfonction.

La publicité
La publicité qui entoure les pilules met présentement beaucoup d’emphase sur le bien-être. On y voit des gens heureux, qui ont censément réussi à abattre tous les obstacles dans leurs vies et qui vivent aujourd’hui le parfait bonheur grâce à l’entremise des cachets médicamenteux. Ce n’est plus une pilule qu’on vend, c’est du bonheur! Le cachet lui-même arbore les formes les plus diverses et rappelle trop souvent les bonbons de notre enfance. Ils revêtent également toutes les couleurs de
l’arc-en-ciel, comme sur les comptoirs des confiseries.

Le cachet lui-même arbore les formes les plus diverses et rappelle trop souvent les bonbons de notre enfance. Ils revêtent également toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, comme sur les comptoirs des confiseries, ce qui ne saurait être le fruit du hasard étant donné toute la mise en marché qui entoure le produit et toutes les sommes que les compagnies pharmaceutiques investissent en dehors même de la recherche et du développement.

Soigner quoi, au juste?
Mais la société souffre de quoi, au fond? Les cas de dépression augmentent et, avec eux, la prescription de son lot d’anxiolytiques(médicaments contre l’anxiété) et d’antidépresseurs. Pourtant les conditions de vie n’ont jamais été si favorables que depuis l’après-guerre. Les inventions des dernières années laissent plus de temps libre puisqu’elles écourtent les tâches ou les éliminent carrément. On a accès à l’éducation de manière quasi universelle. La classe moyenne vit dans l’abondance et peut s’acheter des tonnes de produits manufacturés. Pourtant, force est d’admettre que le bonheur n’est pas au rendez-vous.

Par chance, le bonheur s’achète, comme le prouve Prozac et tous ses succédanés. Du moins, c’est ce qu’il semble au premier abord. Mais ces médicaments ne sauraient jamais soigner que des symptômes et jamais la cause du mal de l’âme. Or, il semble que l’âme de nos contemporains soit à la recherche de plus, mais qu’elle ne sait le trouver. Personnellement, je ne saurais pas dire ce qui tracasse nos contemporains au point qu’ils se vautrent dans la surmédication que nous connaissons. Je constate simplement que le manque est là, comme une plaie, et qu’il demande la plénitude, mais de quoi?

Peut-être que l’homo modernis vit ce qu’aucune autre société avant lui n’a pu lui procurer : le temps libéré. Il n’est plus contraint au travail acharné, ce qui lui laisse du temps pour contempler le vide de l’existence ou, de manière plus prosaïque, a-t-il tout simplement plus de temps pour s’attarder à ses problèmes.

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