Parmi les produits de consommation culinaires les plus habituels se trouve, au supermarché, dans les réfrigérateurs du fond, la viande rouge hachée emballée dans le styromousse et le cellophane. Passage hebdomadaire obligé, on oublie presque notre passage devant ce comptoir tellement il devient habituel. Et on préfère oublier toutes les étapes qui ont amené le produit jusque là.
L’homo sapiens contemporain des sociétés dites civilisées n’est donc plus une espèce qui se nourrit d’animaux, il est un sarcophage (sarco- : chair + -phage : mangeur de). Il a aboli dans son esprit tout lien qu’il eût pu y avoir entre l’animal de départ et le produit de consommation qu’il retrouve sur les étalages, hypocrisie ultime ou autocensure mi-consciente.
Mis à part quelques chasseurs, espèce en voie de disparition, il existe peu de nos contemporains qui seraient prêts à tuer, puis dépecer de ses mains, se couvrant de sang, un animal. Peu seraient même prêts à souffrir la vue d’une vidéo montrant un cochon se faisant saigner vivant. Pourtant, on achète sans trop se poser de question sur son origine, la résultante de la mort animale sans aucun haut-le-cœur.
Loin de prôner le végétarisme, j’aime néanmoins appuyer sur la contradiction dans les comportements sociaux qui semblent anodins. Si autrefois les villageois voyaient bel et bien l’animal se faire abattre avant de le manger, aujourd’hui il serait hors de question qu’on puisse souffrir la même chose. La preuve en est la grogne populaire qu’a pu soulever une émission comme Martin sur la route où l’on voyait le chef cuisinier Martin Picard partir à la chasse, dépecer ses proies et les apprêter ensuite.
De même, si on laisse bel et bien les vaches brouter dans les champs à la vue de tous, on a relégué les abattoirs au plus profond des campagnes, dans des bâtisses fermées sans fenêtres (ou si hautes!) afin d’épargner à la vue du public la sale besogne de l’abattage. Ladite sale besogne n’en existe pas moins, mais si on ne la voit pas, elle n’est plus pernicieuse.
McDonald’s
Le summum de l’hypocrisie est atteint, quant à moi, dans les McDonald’s, où la viande hachée (qui n’a même plus l’air de viande) atteint le titre de friandise pour enfants sous forme d’un immense sandwich servi par un clown aux allures sympathiques dans un emballage de carton jaune et orangé bon marché. Dans ces joyeuses conditions, plus même question d’imaginer que la source de telles réjouissances puisse être un animal abattu. Ce serait pécher contre la si grande candeur du produit!
Se fermer les yeux
Premier aspect de cette hypocrisie institutionnalisée, il y a la société de consommation dans laquelle nous vivons où nous ne voyons que le produit et jamais le processus, puisque la plupart des marchandises que nous achetons sont fabriquées à la chaîne. Même ceux qui les fabriquent ne voient qu’une infime partie des étapes de leur confection. Nous avons perdu tout contact avec le travail que peut nécessiter la création d’un objet. Le sens de l’effort en est oublié, condition ultime pour que l’on puisse jeter impunément tout ce qu’on achète pour le remplacer par la nouvelle nouveauté toujours tellement meilleure que la précédente. Ainsi, on se permet même de gaspiller notre nourriture et de jeter même de la viande (oubliant évidemment qu’elle a été prélevée sur un animal qu’on a tué pour l’obtenir). De la même manière qu’avec les produits manufacturés, l’abattage et le dépeçage sont devenus un travail à la chaîne et la chair animale, un produit de consommation comme les autres : jetable.
Deuxième aspect de la problématique, nous vivons dans une société aseptisée qui s’aveugle elle-même quand elle ne veut pas voir, quand une vision lui semblerait trop immorale ou insoutenable. Du coup, les comportements de nos contemporains ne changent pas, mais leur esprit est libre de remord. C’est sans doute là où se trouve le soleil éternel de l’esprit sans tache (pour reprendre un titre de film bien connu, mais dont la traduction ne rend pas honneur au titre original, The Eternal Sunshine of the Spotless Mind). De même, bien que la viande hachée emballée soit le produit évident de l’abattage et du dépeçage animal, nos contemporains préfèrent oublier les étapes intermédiaires entre l’animal et le produit fini, comme si elles n’existaient pas.
L’homo sapiens contemporain des sociétés dites civilisées n’est donc plus une espèce qui se nourrit d’animaux, il est un sarcophage (sarco- : chair + -phage : mangeur de). Il a aboli dans son esprit tout lien qu’il eût pu y avoir entre l’animal de départ et le produit de consommation qu’il retrouve sur les étalages, hypocrisie ultime ou autocensure mi-consciente.
Mis à part quelques chasseurs, espèce en voie de disparition, il existe peu de nos contemporains qui seraient prêts à tuer, puis dépecer de ses mains, se couvrant de sang, un animal. Peu seraient même prêts à souffrir la vue d’une vidéo montrant un cochon se faisant saigner vivant. Pourtant, on achète sans trop se poser de question sur son origine, la résultante de la mort animale sans aucun haut-le-cœur.
Loin de prôner le végétarisme, j’aime néanmoins appuyer sur la contradiction dans les comportements sociaux qui semblent anodins. Si autrefois les villageois voyaient bel et bien l’animal se faire abattre avant de le manger, aujourd’hui il serait hors de question qu’on puisse souffrir la même chose. La preuve en est la grogne populaire qu’a pu soulever une émission comme Martin sur la route où l’on voyait le chef cuisinier Martin Picard partir à la chasse, dépecer ses proies et les apprêter ensuite.
De même, si on laisse bel et bien les vaches brouter dans les champs à la vue de tous, on a relégué les abattoirs au plus profond des campagnes, dans des bâtisses fermées sans fenêtres (ou si hautes!) afin d’épargner à la vue du public la sale besogne de l’abattage. Ladite sale besogne n’en existe pas moins, mais si on ne la voit pas, elle n’est plus pernicieuse.
McDonald’s
Le summum de l’hypocrisie est atteint, quant à moi, dans les McDonald’s, où la viande hachée (qui n’a même plus l’air de viande) atteint le titre de friandise pour enfants sous forme d’un immense sandwich servi par un clown aux allures sympathiques dans un emballage de carton jaune et orangé bon marché. Dans ces joyeuses conditions, plus même question d’imaginer que la source de telles réjouissances puisse être un animal abattu. Ce serait pécher contre la si grande candeur du produit!
Se fermer les yeux
Premier aspect de cette hypocrisie institutionnalisée, il y a la société de consommation dans laquelle nous vivons où nous ne voyons que le produit et jamais le processus, puisque la plupart des marchandises que nous achetons sont fabriquées à la chaîne. Même ceux qui les fabriquent ne voient qu’une infime partie des étapes de leur confection. Nous avons perdu tout contact avec le travail que peut nécessiter la création d’un objet. Le sens de l’effort en est oublié, condition ultime pour que l’on puisse jeter impunément tout ce qu’on achète pour le remplacer par la nouvelle nouveauté toujours tellement meilleure que la précédente. Ainsi, on se permet même de gaspiller notre nourriture et de jeter même de la viande (oubliant évidemment qu’elle a été prélevée sur un animal qu’on a tué pour l’obtenir). De la même manière qu’avec les produits manufacturés, l’abattage et le dépeçage sont devenus un travail à la chaîne et la chair animale, un produit de consommation comme les autres : jetable.
Deuxième aspect de la problématique, nous vivons dans une société aseptisée qui s’aveugle elle-même quand elle ne veut pas voir, quand une vision lui semblerait trop immorale ou insoutenable. Du coup, les comportements de nos contemporains ne changent pas, mais leur esprit est libre de remord. C’est sans doute là où se trouve le soleil éternel de l’esprit sans tache (pour reprendre un titre de film bien connu, mais dont la traduction ne rend pas honneur au titre original, The Eternal Sunshine of the Spotless Mind). De même, bien que la viande hachée emballée soit le produit évident de l’abattage et du dépeçage animal, nos contemporains préfèrent oublier les étapes intermédiaires entre l’animal et le produit fini, comme si elles n’existaient pas.

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