lundi 15 décembre 2008

Mythologie : L'appareil-photo jetable

L’appareil-photo jetable, ou prêt-à-photographier, est apparu dans les années 80 et s’est depuis répandu comme une traînée de poudre sur l’Occident. Il s’agit d’un objet emblématique de la société contemporaine en ce qu’il incarne à la fois la volonté de faire durer l’instant présent et la désuétude planifiée qui marque notre mode de consommation.

En effet, la photographie est un mécanisme de présentification de l’instant passé. En regardant la photo, on pose le regard sur une tranche de vie qui se raconte sous nos yeux, un moment fugace qui tout d’un coup se redéploie et se ravive. En ce sens, il s’agit d’une prise de pouvoir sur le temps qui ne paraît plus aussi inexorable. La caméra permet de dire : « Ô temps, suspend ton vol! », et celui-ci, du coup, répond à notre invocation.

On raconte même que certaines tribus refusent de se faire prendre en photo, car la caméra aurait le pouvoir de voler l’âme du sujet. C’est dire à quel point l’objet s’avère fascinant, bien qu’il nous paraisse banal à nous, Occidentaux contemporains, qui sommes habitués à nous partager des photos à la tonne sur Facebook et n’en voyons même plus le merveilleux.

Le jetable
D’où la banalisation de son utilisation jusqu’à faire de la caméra, miracle de technique du siècle de Victor Hugo, un appareil jetable en plastique bon marché. À ce titre, nous vivons dans la première société qui considère qu’un objet qui a nécessité des années de perfectionnement, un designer industriel pour en dessiner l’esthétique, des dizaines de personnes pour en fabriquer les pièces, des convoyeurs internationaux pour qu’il se rende jusqu’à nous… doive aller aux rebuts dès qu’il ait fait l’objet d’une première utilisation.

Nos ancêtres canadiens-français doivent s’en retourner dans leurs tombes, eux qui réutilisaient et rapiéçaient à peu près tout ce qu’ils avaient. Mais voilà : nous sommes passés d’une économie de la conservation à une économie de la désuétude planifiée. C’est sans doute pourquoi l’on retrouve dans le Pacifique sud, entre la Californie et Hawaï, une plaque de déchets de matières plastiques de la taille du Texas, l’Occident entier étant tombé sous le règne du jetable et semant ses achats au gré des quatre vents dès leur utilisation.

Durer ou ne pas durer
La caméra jetable porte en elle une dichotomie : expirer/perdurer. Perdurer, parce que le produit de l’objet, la photo, ravit au temps des instants fugaces de l’existence. Expirer, parce que l’objet lui-même est destiné à la mort dès l’ouverture de son emballage. Il illustre donc les deux mouvements complémentaires de la vie.

Cela me fait penser à la triade des dieux de l’Hindouisme : Brahma (le créateur), Vishnou (le conservateur) et Shiva (le destructeur), qui incarnent le mouvement de l’univers et lui donnent son rythme. De manière plus prosaïque, Sigmund Freud, le fondateur de la psychanalyse, voyait en l’être humain deux pulsions fondamentales opposées et complémentaires : la pulsion de vie (Éros) et la pulsion de mort (Thanatos), qui dicteraient à l’être humain ses comportements, dont parfois les plus incongrus.

C’est sans doute ces deux pulsions primaires de l’homme qui se trouvent intriquées dans l’appareil jetable. Celui-ci nous place face à nous-mêmes, êtres de la durée, et nous signifie à la fois que la technologie nous fait braver même le temps et que, malgré cela, cette bravade n’agira jamais que comme un répit arraché aux dieux.

Je vous laisse sur ces vers de Lamartine qui évoquent bien l’absurde éphémère du temps :

« Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus ! »

jeudi 11 décembre 2008

Résolution pour 2009....

Puisque c'est le moment de l'année où il faut commencer à s'orienter résolution pour l'année à venir, j'ai encore consulté le générateur de bonnes résolutions afin de m'éviter le trouble de m'en trouver une moi-même. L'année prochaine, je devrai donc :

"Lui indiquer aisément comment s'immoler dans l'ascenseur".

Comme c'est étrange! Je dois avouer que je risque de ne pas tenir ma résolution cette année...

samedi 6 décembre 2008

Mythologies : le hockey

Aux temps jadis, à une époque plus barbare que la nôtre diront certains, sévissaient des combats sous forme de mêlées entre gladiateurs sous les regards avides de sang des spectateurs. Ainsi, les instincts violents des témoins étaient-ils assouvis par projection devant ces visions d’hommes virils qui s’affrontaient souvent jusqu’à la mort. De nos jours, on retrouve la même émotion dans un duel plus étiolé de combattants sous la forme du hockey.

Le hockeyeur, un gladiateur contemporain
D’ailleurs, le terme aréna viendrait probablement de l’arène ovale où combattaient les gladiateurs et qui désignait, au départ, le sable qui le constituait (arena signifie sable en latin). Autour de l’arène se constituaient des estrades en paliers très semblables à ceux que nous retrouvons dans l’aréna moderne.

Le culte voué aux joueurs par les partisans s’apparente également à celui que l’on vouait aux gladiateurs de l’époque romaine qui, au tout début, étaient des combattants dont le sang était censé apaiser les Mânes (sorte de divinités romaines des âmes). De plus, le star système qui entoure les joueurs actuels n’a rien à envier à la renommée qui entourait les gladiateurs à l’époque.

La période contemporaine a vu s’apaiser les mœurs et, ainsi, on n’accepterait plus que nos spectacles mettent à mort leurs protagonistes. Pourtant, l’être humain a tout de même besoin de lutte et de violence, même sous une forme atténuée et, à ce titre, le hockey s’avère une formation de compromis acceptable, mais toujours basée sur la même idée de domination de l’homme sur l’homme dans un duel viril.

La même analyse aurait pu d’ailleurs être faite avec le soccer (ou football européen) dans moult autres pays d’Amérique du sud, d’Europe et d’Afrique où ce sport a une valeur symbolique semblable à celle qu’a pour nous le hockey.

Esprit de clocher
Dans le hockey, l’équipe locale devient tributaire de l’orgueil de toute la communauté en affrontant les communautés situées autour dans un match où il y a presque nécessairement un gagnant et un perdant, autant dire une équipe humiliée et une autre en état de grâce. On n’a qu’à constater l’allégresse qui s’éprend des amateurs pour se rendre compte que l’orgueil des gagnants crée un effet de halo sur la communauté victorieuse. Et de la même manière, vous n’avez qu’à entendre un fan dire « on a gagné » pour comprendre qu’il sent véritablement le triomphe comme sien, se l’approprie, d’autant qu’il s’agit de « son » équipe.

L’effet inverse est également vrai. Bien que l’on accepte que « son » équipe perde parfois, plusieurs défaites consécutives apportent la honte à une équipe, à ses partisans et à toute sa communauté par un semblable effet de halo. C’est l’humiliation de la défaite qui laisse un goût amer à la collectivité entière.

Voilà quelques années, les joutes entre les Maple Leafs de Toronto et les Canadiens de Montréal prenaient ainsi l’allure de combats épiques, puisqu’ils reflétaient un antagonisme déjà violent entre les Canadiens français et les Canadiens anglais. Les victoires de Maurice Richard, ainsi, représentaient le triomphe de tous les prolétaires du Québec qui se voyaient en lui et se reconnaissaient dans son histoire.