dimanche 2 novembre 2008

Mythologies : les films d'action

Pour les besoins de notre analyse, nous définirons le film d’action comme celui dont l’intrigue s’articule plus ou moins habilement autour d’une succession de scènes spectaculaires souvent stéréotypées (courses-poursuites, fusillades, explosions...) et autour d’un nombre limité de héros (habituellement un seul) et met en place un conflit qui sera résolu de manière violente. On y met habituellement en scène un certain nombre d’ennemis dont un en particulier, le chef, incarne l’antithèse du héros mis en scène.

Historique
Le prototype du film d’action se situerait dans la vague des années 80 avec une série de films mettant en vedette des icônes de l’époque, par exemple Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger. Il s’agit avant tout d’un phénomène grand public qui séduit en premier lieu un public masculin. Il faut dire que le protagoniste est le plus souvent un homme qui incarne le stéréotype de la virilité. L’une des étapes, d’ailleurs, de son parcours typique de héros dans le film d’action sera la conquête d’une femme en cours de route. On voit ici assez facilement que le film d’action se base sur des fantasmes de toute-puissance.

Le film d’action et le rêve éveillé
Freud, dans La création littéraire et le rêve éveillé expliquait que «nous ne savons renoncer à rien, nous ne savons qu’échanger une chose contre une autre; ce qui paraît être renoncement n’est en réalité que formation substitutive. Aussi l’adolescent, en grandissant, ne renonce-t-il, lorsqu’il cesse de jouer, à rien d’autre qu’à chercher un point d’appui dans les objets réels; au lieu de jouer, il s’adonne maintenant à sa fantaisie. Il édifie des châteaux en Espagne, poursuit ce qu’on appelle des rêves éveillés.»

Ainsi, la personne devenue adulte trouve un écho imaginaire à ses jeux d’enfants où elle se mettait en scène en héros intrépide capable de venir à bout de tous les obstacles sous forme de catharsis : elle se projette dans un personnage sur l’écran qui incarne la toute-puissance qu’il recherchait dans le jeu, enfant.

Si alors, il basait sa rêverie sur ses jouets (appui dans le réel), adolescent, il la base sur son propre imaginaire et adulte, il se base sur une projection de son moi dans un personnage à l’écran. Mais l’adulte, lui, a honte de ses fantasmes de toute-puissance. Par contre, s’il les voit mis en scène dans un produit fini et se rend compte que d’autres y répondent, sa honte s’efface et il se voit affermi dans son droit à l’imaginaire. C’est un peu là la fonction du film d’action.

Les conflits en cause
Ces films mettent en scène des personnages habituellement assez stéréotypés dont deux personnages qui se répondent l’un à l’autre sous forme de contraires : le héros et l’ennemi. Si le héros répond au moi, l’ennemi répond bien également à une autre instance de la personnalité humaine : l’ombre, l’Éternel antagoniste. Celle-ci se trouve au coeur de chaque individu et incarne ce qu’il rejette de lui-même comme étant primitif, inadapté et/ou malencontreux. Le combat entre les deux instances à l’écran projette bien cet antagonisme présent au sein de chacun et c’est sans doute pourquoi le public s’y retrouve tant.

La fin du film d’action qui met en scène la quasi inévitable défaite de l’ennemi replace le spectateur dans une position de confort avant de quitter le cinéma. C’est un baume pour le moi qui voit sa position de préséance assurée. Le spectateur revient donc chez lui content et sécurisé de ce qu’il a vu. En effet, la déstabilisation que le héros-moi aura vécu à cause de l’ennemi-ombre aura été encadrée entre une situation initiale au début du film où les choses allaient bon train avant l’élément déclencheur et une situation finale où il aura eu raison des antagonismes et en sera ressorti vainqueur.

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