
Paris Hilton est connue, de prime abord, pour être une riche héritière de la famille Hilton qui détient des hôtels partout à travers le monde, mais aussi, et avant toute chose, comme une «jet-setteuse» invétérée du tout Beverly Hills. Si, incidemment, elle a fait une certaine carrière de mannequin assez vite oubliée et qu’elle a bel et bien commis quelques films qui lui ont valu le Razzie Award du pire second rôle ainsi que la pire note jamais attribuée sur l’Internet Movie Database pour son film The Hottie & The Nottie (2008), elle n’en passera pas forcément à l’histoire. Mentionnons qu’elle a également commis un album.
Un phénomène
Ainsi, ce n’est certainement pas pour ses performances artistiques mitigées que notre sujet s’est démarquée. Et pourtant, elle a été nommée en 2006 par Forbes/Lowayne la personne la plus médiatiquement exposée au monde. Sa popularité, elle la doit en premier lieu, non pas à sa carrière comme mannequin, mais à une série de téléréalité diffusée autrefois par Fox et qui s’appelait The Simple Life. Elle y interprétait alors son propre rôle de riche héritière fantasque et habituée à être nourrie avec une cuiller d’argent qui se retrouvait dans le petit monde de la campagne.
Si cette «vie simple» ne l’avantageait pas forcément, ce qui était après tout le prétexte de l’émission, elle s’est pourtant alors propulsée au sommet de la presse «people» et ce, malgré la piètre qualité qu’on confère généralement à ses performances artistiques. Là où le phénomène s’avère intéressant, c’est à savoir pourquoi cette fille que rien n’avantage que son physique et sa richesse a réussi à se hisser en coqueluche des magazines de vedettes.
Le médium, c’est le message
Là où notre sujet se révèle être une icône particulièrement symbolique du mode de vie contemporain, c’est dans le fait qu’elle est une coquille vide, un simulacre : pas de talent particulier, pas de contenu, mais un emballage coquet. Elle est donc l’incarnation parfaite, l’image de notre monde actuel où la substance se résume au symbole et où, comme le disait Marshall McLuhan, philosophe canadien des médias : «Le médium, c’est le message.»
En effet, la société contemporaine se base sur une pléthore d’informations et cette surabondance fait que le citoyen n’a plus le temps de s’attarder à approfondir quoi que ce soit (qui trop embrasse mal étreint). Devant son incapacité à fouiller tous les sujets, vu le bombardement de données dont il est assailli, son regard va là où il peut se poser : sur l’image la plus plaisante. L’image a donc intérêt à être la plus séduisante possible, car elle fait figure de contenu. On pourrait donc dire qu’à ce titre, Paris Hilton est un peu l’ambassadrice de la société de l’image.
Populaire parce que célèbre et célèbre parce que populaire
Elle se pose également comme projection d’un idéal actuellement très fort, celui de la célébrité : si autrefois les gens voulaient devenir chanteurs célèbres, acteurs célèbres, peintres célèbres… aujourd’hui on oublie le nom commun pour ne garder que l’épithète. On ne souhaite que devenir célèbre.
C’est là un truchement fort parlant en soi, car on oublie l’effort pour parvenir à son dessein : la renommée. L’un n’est plus le fruit de l’autre, mais un concept autonome. C’est le culte de l’ego poussé à son extrême, car que voit celui qui regarde la photo de Paris Hilton en première page des magazines sinon une projection de lui-même qui pourrait lui ressembler ou vers quoi il aspire? À plus forte raison avec la téléréalité qui permet aujourd’hui à n’importe qui de se dresser en icône sans n’avoir aucun talent ni même faire preuve d’aucune ardeur. C’est malheureusement l’idéal social actuellement véhiculé.

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