
Deux fois par mois, et sur le même mode que les Mythologies qu’avait faites Roland Barthes en 1957, seront présentées des capsules sur différents produits de la culture de masse qui agissent comme symboles, voire icônes, de la société contemporaine.
J’ai pensé débuter ma petite chronique sur les mythologies contemporaines en m’accrochant sur une analyse judicieuse de Sophie Faucher mettant à l’avant-scène un produit de consommation relativement nouveau, mais qui a créé tout un raz-de-marée quand il est entré sur le marché. En effet, on en retrouve pratiquement dans chaque sacoche et, ce, depuis que Pfizer a acquis les droits sur le produit en 2004.
Un produit contre le mauvais œil Le Purell remplace dans l’imaginaire le traditionnel gri-gri ou talisman contre le mauvais œil ou pour se prémunir contre la maladie, nous apportant du coup un sentiment de sécurité apte à réconforter même les plus paranoïaque. Son format compact fait qu’on peut le garder toujours près de soi afin de se prémunir contre l’adversaire microbien.
Sa popularité subite montre bien jusqu’à quel point on s’y accroche. Sans doute est-il aussi efficace sur les viles bactéries que la traditionnelle eau bénite sur le Malin. La publicité dit d’ailleurs qu’il peut tuer 99,99% des germes qui causent des maladies en aussi peu que 15 secondes.
Une société javellisée
Nouveau symbole d’un monde qui veut vivre de manière aseptisée, le Purell rappelle que chacun se met en mode offensif-défensif. La peur du germe remplace la peur du Mal dans les chaumières et tout doit être fait afin que la maladie n’entre pas chez soi.
Si nos grands-mères accrochaient le crucifix et les images saintes dans chaque pièce de la maison et traînaient avec elles en permanence une bouteille d’eau bénite, la bonne maman actuelle se doit de garder partout chez elle une bombonne de Lysol et d’accrocher sur chacun de ses enfants une bouteille de Purell… et ce même contre toute logique.
Une sécurité bien illusoire
Les produits antibactériens, s’ils ont véritablement leur place dans les hôpitaux, là où ils sont requis, servent mal l’intérêt de ceux qui les utilisent hors de ce contexte pour plusieurs raisons. Premièrement, parce que sur le corps se crée naturellement un équilibre bactérien et qu’en éliminant les bactéries nocives, on élimine aussi les bonnes (laissant de la place pour les mauvaises).
Deuxièmement, parce que dans un processus purement darwinien d’évolution des espèces, les rares bactéries qui ne sont pas éliminées par le produit en question transmettent leur résistance à leur progéniture. Elles engendrent ainsi des générations de super bactéries. Ultimement, parce que l’on s’aperçoit de plus en plus que l’obsession pour l’aseptisation pourrait être une cause non négligeable de l’augmentation des cas d’allergie, d’asthme et d’autres maladies chroniques. Le système immunitaire, si on ne le sollicite pas, s’atrophie et les défenses naturelles s’afaissent.
La peur de l’Autre
Alors pourquoi malgré tout cela les gens se tournent-ils tant vers le Purell? Sans pouvoir répondre en totalité à cette interrogation, mentionnons que déjà en 1981, Gille Lipovetsky avait qualifié notre époque de l’Ère du vide : le citoyen vit désormais en vase clos et, avec l’avènement des nouvelles technologies qui le divertissent dans son cocon, il n’a plus désormais à sortir de chez lui ou si peu. À l’abri tout seul, les contacts avec l’extérieur effraient et l’autre est désormais un porteur de germes qu’on pourrait rapporter chez soi dans notre cocon qu’on a mis tant de temps à aseptiser. Le Purell devient donc un incontournable des contacts sociaux quand ils s’avèrent nécessaires.

1 commentaires:
Tu savais, hein, que le Zone est disponible intégralement sur le web? www.zonecampus.ca :) Y'a même -déjà!- le numéro 2 en ligne!
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