lundi 22 septembre 2008

Petites mythologies : la téléréalité

Cette semaine, c’est le phénomène de la téléréalité qui passera sous ma loupe. On semble assister à son essoufflement puisque ça fait déjà quelques années qu’on l’aperçoit sur le petit écran et que ses belles heures nous semblent déjà être conjuguées au passé, étant tributaire d’un phénomène de mode et, comme le disait Gabrielle Chasnel (dite Coco Chanel) : « la mode, c’est ce qui se démode ». On peut donc présentement avoir du phénomène une distance critique plus grande, voire une vision d’ensemble.

Historique

D’aucuns se rappelleront la série Pignon sur rue présentée par Télé-Québec de 1995 à 1999. Le synopsis de l’émission était alors assez simple : 6 à 7 jeunes de diverses régions qui cohabitent dans un appartement de Montréal que l’on regarde vivre sous l’œil de la caméra. À l’époque, la téléréalité, phénomène naissant, avait une volonté davantage documentaire et visait une certaine authenticité. Par contre, bien que la série ait reçu un succès d’estime, le public a peu embarqué dans le concept et les cotes d’écoute se sont laissées attendre.

Il faudra attendre la série Big Brother qui n’était pas à l’origine un concept américain, mais bien néerlandais, pour obtenir un succès public. À la différence de la plupart de ses prédécesseurs, on a introduit un contexte tout ce qu’il y a de plus artificiel et évacué toute dimension documentaire du produit. On entre alors dans une émission qui se veut uniquement un divertissement télévisuel… et le public a en effet fortement embarqué cette fois-ci. Ce qui a sans doute fait la différence, c’est l’ajout d’un système d’élimination et une forme de jeu télévisé où les participants deviennent des concurrents.

Ce type de concept a fait des petits, dont au Québec, avec des séries telles : Loft Story, Occupation double et Star Académie.

Il ne peut en rester qu’un

De la réalité et de l’authenticité, il n’en reste pas énormément dans la téléréalité. Alors pourquoi le public en redemandait-il autant et avait-il tant l’impression de voir du « vrai monde » dans une mise en scène aussi flagrante?

Il faut dire en premier lieu que les participants à ce genre d’émission ne sont pas des acteurs, bien qu’ils soient triés sur le volet avant les émissions. Observez que l’on choisit les participants en regard de leur personnalité fortement marquée. À travers le traitement de la mise en scène et du montage, ils deviennent des types psychologiques (la bonne fille, la bitch, le séducteur, l’intello…) auxquels les spectateurs peuvent identifier une partie de leur Moi. Ils peuvent ainsi se projeter dans certains participants et en diaboliser d’autres. Le monde devient donc simple et dichotomique (on a les bons et les méchants).

Ce sentiment est poussé à son extrême parce que chacun des spectateur se dit qu’il pourrait lui aussi devenir ce « gars-là » ou cette « fille-là » à l’écran étant donné l’aspect démocratique. Ajoutons que ce genre d’émission exacerbe le côté exhibitionniste-voyeur présent chez la plupart des gens, mais souvent refoulé dans la psyché. Aristote parlait de catharsis pour ce phénomène où l’âme est transportée hors d’elle-même et se purge de son trop-plein émotif par identification.

L’aspect élimination donne, d’un point de vue cathartique, des émotions fortes puisque les spectateurs vivent leurs émotions à travers les participants. Dans un monde qui vise de plus en plus la sécurité, le fait de voir les autres prendre des risque (calculés, il faut bien… puisque sinon les producteurs crouleraient sous les poursuites) le besoin d’émotions fortes de l’être humain est pris en charge par la télé, et ce, dans le confort du salon.

L’individualisme contemporain

Dans un monde ou tout le monde veut être spécial (ce qui veut dire que personne ne le serait vraiment) et où chacun veut connaître ne serait-ce qu’un quart d’heure de gloire. La téléréalité donne l’impression que tout le monde, tout d’un coup, peut devenir une vedette. L’individu a donc tout le loisir de laisser libre cours à ses désirs de grandeur avec, en plus, l’impression qu’il pourrait se retrouver à l’intérieur de la boîte à images.

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