mercredi 27 février 2008

La moustache


Imaginez-vous que vous portiez la moustache depuis la sortie de votre adolescence. Vous discutez avec votre femme, un jour, en vous rasant et vous lui dites : "Que dirais-tu si je me rasais la moustache?", et elle de répondre : "Je ne sais pas, je t'ai toujours connu avec". Pendant qu'elle part faire les emplettes, vous décidez de vous la raser. Elle revient, vous essayez de vous cacher le visage en lui parlant et finalement vous vous découvrez le visage... et elle ne remarque rien du tout. Vous allez chez des amis souper. Elle débarque de l'auto avant vous pendant que vous vous garez. Vous la retrouvez chez vos amis et ils ne disent rien non plus. Finalement, au retour, dans l'auto vous dites à votre femme : "N'as-tu rien remarqué?", elle vous répondant : "Remarqué quoi?". Vous : "Ma moustache". Elle : "Quelle moustache?". Vous : "Je me suis rasé la moustache". Elle : "Mais tu n'as jamais porté la moustache..."

C'est ce qui advient du personnage de ce roman, Marc, d'Emmanuel Carrère et c'est l'élément déclencheur du roman qui entraîne notre personnage vers une totale remise en question paranoïaque-schizophrénique de la réalité. Car personne, sauf lui, ne sait qu'il a déjà porté la moustache, ou alors tout le monde lui ment. Serait-ce sa femme qui tente de le faire passer pour un dément afin de l'interner et, ainsi s'en débarrasser. Ou alors, serait-ce une autre de ses mauvaises blagues dans laquelle elle a embarqué tout le monde? A-t-il seulement jamais porté la moustache? Que se passe-t-il avec la réalité qu'il croyait connaître et comprendre? C'est le dédale dans le quel nous emporte le roman et dans lequel le lecteur plonge de plus en plus profondément en suivant le personnage.

Personnellement, je n'ai aucune réserve à conseiller le roman qui part d'une situation tout-à-fait anodine pour nous emporter toujours plus loin dans la paranoïa. C'est d'une écriture très efficace et c'est l'un de mes coups de cœur personnels. Comme vous pouvez le voir sur la photo, le roman a également donné un film, intéressant, mais le roman nous amenait beaucoup mieux dans l'ambiance de paranoïa, je trouve.

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