Il est de ces phénomènes que l'on croit intemporels puisqu'on nait à une certaine époque et que lesdits phénomènes nous préexistent. Parmi ces phénomènes que l'on croit venir du moment où l'homme apparut sur terre, il y a l'adolescence. Serait-on surpris d'apprendre que ce passage n'existe pourtant que depuis un siècle à peine.
S'il existe bel et bien un moment où l'homme (et la femme) connaissent une période de changement corporels profonds dus à la puberté et que ceux-ci s'accompagnent inévitablement de variations dans l'humeur que toutes les sociétés précédentes ont eu à endurer, l'on ne faisait pourtant pas à l'époque affaire à l'adolescence telle qu'on la voit aujourd'hui, avec ses moeurs propres, son langage et ses rituels séparés.
En fait, la plupart des peuples qui nous ont précédés incluaient les jeunes d'environ quatorze ans dans la société des adultes. Ils y avaient leur place et y participaient au même titre que les leurs aînés. Là-dessus, l'arrivée de la scolarité obligatoire aura tôt fait de les isoler et de créer dans ce groupe d'âge une sorte de société dans la société qui vite adoptera ses codes et, même, son langage.
Mais le moment qui sera crucial pour créer l'adolescent modernis est l'avènement du phénomène de la consommation de masse qui a suivi la deuxième guerre mondiale et atteint son apogée à l'ère des médias de masse. Dans ce monde de l'image, on propose aux adolescents une pléthore de modèles qui n'ont de commun que leur aspect transitoire, étant invariablement tributaires d'un phénomène de mode. Ces modèles, basés sur le paraître, sont immanquablement des simulacres, suffisamment parlants afin que les jeunes s'y sentent rejoints et caractéristiques afin qu'ils y trouvent un modèle qui les distinguent, donc auquel ils peuvent s'identifier. On sait en effet l'importance que prend l'identification à un groupe de pairs à ce moment de la vie.
Vient ainsi l'importance de comprendre le caractère de ces modèles-simulacres qui sont offerts aux jeunes par les publicitaires. À ce titre, on pourrait affirmer qu'ils suivent une lourde tendance sociale présentée par Gilles Lipovetsky sous le nom de l'Empire de l'éphémère. Tous, ils valorisent le présent comme si rien n'avait existé avant. C'est le phénomène de la mode, du jetable, de la désuétude planifiée, d'une sorte de quêtes perpétuelle de la nouvelle nouveauté qui atteint son paroxysme et qui pousse la consommation de produits, surtout vestimentaires. De même, ce sont les vêtements qui servent à identifier les adolescents qui appartiennent à telle ou telle sous-culture.
Si autrefois, on cherchait la transmission de la culture et des rites auprès des jeunes gens afin d'assurer une pérennité des valeurs et des codes sociaux, avec l'Empire de l'éphémère, il ne reste plus rien à transmettre. Tout est désormais du domaine de la mode et se démode donc corollairement. Le vide des valeurs que l'on observe dans le monde contemporain se reflète donc sur la cohorte de jeunes qui pousse actuellement.
Et l'on observe, de plus, que la jeunesse semble s'éterniser et s'étendre jusque dans la trentaine avec un phénomène qu'on appelle des « enfants-boomerangs » qui partent et reviennent chez leurs parents, sans cesse marqués par des faux-départs. On commence même à parler de la jeunesse comme d'une période qui s'étale jusqu'à 35 ans.
À ce titre, un psychologue américain propose rien de moins que d'en finir avec cette « culture idiote » qui est celle des « teens ». Robert Epstein considère en effet que l'on devrait carrément enrayer ce passage qu'il considère artificiel afin de donner beaucoup plus tôt aux jeunes les droits et devoirs des adultes : droit de vote, d'acheter de l'alcool, de travailler... considérant que c'est l'infantilisation des jeunes qui est la cause de plusieurs de leurs problèmes. L'inévitabilité de l'adolescence serait pour lui un mythe et le fait de les ancrer dans une sorte d'enfance 2.0 contribuerait à les maintenir dans l'insouciance et les troubles de comportements. Donc, la fameuse « crise d'adolescence » serait la conséquence directe de notre culture.
Sans prendre parti pour ou contre les thèses d'Epstein, ce qui n'est pas dans nos prérogatives, soulignons qu'il a eu l'audace de considérer un mythe que l'on croit trop souvent une réalité immuable de la société contemporaine et de le remettre en cause.
S'il existe bel et bien un moment où l'homme (et la femme) connaissent une période de changement corporels profonds dus à la puberté et que ceux-ci s'accompagnent inévitablement de variations dans l'humeur que toutes les sociétés précédentes ont eu à endurer, l'on ne faisait pourtant pas à l'époque affaire à l'adolescence telle qu'on la voit aujourd'hui, avec ses moeurs propres, son langage et ses rituels séparés.
En fait, la plupart des peuples qui nous ont précédés incluaient les jeunes d'environ quatorze ans dans la société des adultes. Ils y avaient leur place et y participaient au même titre que les leurs aînés. Là-dessus, l'arrivée de la scolarité obligatoire aura tôt fait de les isoler et de créer dans ce groupe d'âge une sorte de société dans la société qui vite adoptera ses codes et, même, son langage.
Mais le moment qui sera crucial pour créer l'adolescent modernis est l'avènement du phénomène de la consommation de masse qui a suivi la deuxième guerre mondiale et atteint son apogée à l'ère des médias de masse. Dans ce monde de l'image, on propose aux adolescents une pléthore de modèles qui n'ont de commun que leur aspect transitoire, étant invariablement tributaires d'un phénomène de mode. Ces modèles, basés sur le paraître, sont immanquablement des simulacres, suffisamment parlants afin que les jeunes s'y sentent rejoints et caractéristiques afin qu'ils y trouvent un modèle qui les distinguent, donc auquel ils peuvent s'identifier. On sait en effet l'importance que prend l'identification à un groupe de pairs à ce moment de la vie.
Vient ainsi l'importance de comprendre le caractère de ces modèles-simulacres qui sont offerts aux jeunes par les publicitaires. À ce titre, on pourrait affirmer qu'ils suivent une lourde tendance sociale présentée par Gilles Lipovetsky sous le nom de l'Empire de l'éphémère. Tous, ils valorisent le présent comme si rien n'avait existé avant. C'est le phénomène de la mode, du jetable, de la désuétude planifiée, d'une sorte de quêtes perpétuelle de la nouvelle nouveauté qui atteint son paroxysme et qui pousse la consommation de produits, surtout vestimentaires. De même, ce sont les vêtements qui servent à identifier les adolescents qui appartiennent à telle ou telle sous-culture.
Si autrefois, on cherchait la transmission de la culture et des rites auprès des jeunes gens afin d'assurer une pérennité des valeurs et des codes sociaux, avec l'Empire de l'éphémère, il ne reste plus rien à transmettre. Tout est désormais du domaine de la mode et se démode donc corollairement. Le vide des valeurs que l'on observe dans le monde contemporain se reflète donc sur la cohorte de jeunes qui pousse actuellement.
Et l'on observe, de plus, que la jeunesse semble s'éterniser et s'étendre jusque dans la trentaine avec un phénomène qu'on appelle des « enfants-boomerangs » qui partent et reviennent chez leurs parents, sans cesse marqués par des faux-départs. On commence même à parler de la jeunesse comme d'une période qui s'étale jusqu'à 35 ans.
À ce titre, un psychologue américain propose rien de moins que d'en finir avec cette « culture idiote » qui est celle des « teens ». Robert Epstein considère en effet que l'on devrait carrément enrayer ce passage qu'il considère artificiel afin de donner beaucoup plus tôt aux jeunes les droits et devoirs des adultes : droit de vote, d'acheter de l'alcool, de travailler... considérant que c'est l'infantilisation des jeunes qui est la cause de plusieurs de leurs problèmes. L'inévitabilité de l'adolescence serait pour lui un mythe et le fait de les ancrer dans une sorte d'enfance 2.0 contribuerait à les maintenir dans l'insouciance et les troubles de comportements. Donc, la fameuse « crise d'adolescence » serait la conséquence directe de notre culture.
Sans prendre parti pour ou contre les thèses d'Epstein, ce qui n'est pas dans nos prérogatives, soulignons qu'il a eu l'audace de considérer un mythe que l'on croit trop souvent une réalité immuable de la société contemporaine et de le remettre en cause.




